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dimanche 10 juillet 2016

Le Portugal à 90 minutes d'un sacre aussi mérité qu'attendu

Critiqué par beaucoup pour son parcours dans cet Euro (3 nuls en phase de poules, une qualification après prolongations en huitièmes de finale et une qualification aux tirs aux buts en quarts de finale), le Portugal reste malgré tout un épouvantail, l'une de ces équipes qui, même dans un mauvais jour, font peur.
Et son accession à la finale ne doit rien au "hasard" ou à la "chance", car les joueurs de Fernando Santos sont invaincus, possèdent la quatrième attaque de la compétition (8 buts marqués) et la meilleure défense de la phase à élimination directe (un seul but encaissé).
Voici donc les 7 raisons qui pourraient nous rallier à la cause de la Seleçao.

1. Parce que le palmarès du Portugal est encore vierge.

Un véritable déshonneur pour ce pays de football, qui a connu tant de générations dorées et de légendes de ce sport (Eusebio, Figo et maintenant Ronaldo). La Seleçao "devait" ouvrir son compteur à l'Euro 2004, sur ses terres, mais s'est faite surprendre par la Grèce en finale (0-1).


Légende vivante du football, Cristiano Ronaldo espère mener sa sélection vers le premier titre de son histoire
2. Parce que le Portugal est l'équipe la plus régulière de ce siècle à l'Euro.

La Seleçao est en effet la seule sélection à être sortie des phases de poules lors de chacune des 5 dernières éditions (quarts en 2008, dernier carré en 2000 et 2012, finale en 2004 et 2016). Ils n'ont peut - être pas encore soulevé le trophée, mais ils se donnent les moyens de le faire, et s'en rapprochent d'année en année.

3. Parce que les voir en finale est quand même une sacrée surprise.

Présenté comme simple outsider, moins bien armé que les fois précédentes, le Portugal, sur le papier, n'avait pas sa place en finale. Mais Ronaldo et ses partenaires, au contraire de la Belgique, ont su profiter d'un tableau ouvert pour y accéder, preuve qu'ils ont les armes pour atteindre leur objectif.

4. Parce que cette équipe est aussi disciplinée que solidaire.

Preuve que les "petites" équipes ne sont pas les seules à pouvoir se baser sur une discipline tactique de fer, le Portugal met à profit un surprenant 4-4-2, à plat ou en losange, pour prendre le meilleur sur son adversaire.

5. Parce que cette équipe est capable de s'adapter comme aucune autre.

Sans même changer de système de jeu, le Portugal peut alterner défense de fer (comme contre la Croatie) et attaque de feu (comme contre la Hongrie). Tout ceci sans attaquant de pointe de métier, Nani et Ronaldo étant des ailiers de formation obligés de se fondre dans ce moule dévastateur.

6. Parce que cette édition permet de découvrir la brillante relève du Portugal.

La force de Fernando Santos, c'est de s'être entouré de jeunes joueurs encore méconnus du grand public, mais terriblement talentueux, qui profitent de cette mise en lumière pour jouer le football de leur vie. Renato Sanches (18 ans) est la révélation du tournoi, et la nouvelle recrue du Bayern de Munich ; André Gomes (22 ans) est suivi de très près par Chelsea et Manchester United ; Raphaël Guerreiro (22 ans) est la nouvelle recrue du Borussia Dortmund). Vous n'avez pas fini d'entendre parler de ces joueurs.

Renato Sanches est sans aucun doute la révélation du tournoi
7. Parce que cette édition permet la consécration tardive d'une génération dorée du Portugal.

Depuis l'Euro 2008, une colonne vertébrale quasiment inamovible mène le Portugal. Qu'ils soient titulaires indiscutables, occasionnels ou supersubs, ils ont été de toutes les campagnes de la Seleçao, et ils sont encore là aujourd'hui.
En attaque, trois joueurs incontournables : le fantasque Ricardo Quaresma (32 ans, 56 sélections, 8 buts), le fantastique Nani (29 ans, 102 sélections, 21 buts), et l'incroyable Cristiano Ronaldo (31 ans, 132 sélections, 61 buts), qui pèsent 7 buts et 4 passes décisives dans ce tournoi (chaque but du Portugal a été marqué par et/ou après une passe de l'un de ces trois joueurs).
Au milieu, c'est la consécration pour le discret mais tellement précieux Joao Moutinho, chef d'orchestre brillant par sa vision du jeu, mais qui doit se contenter d'un rôle de remplaçant pour laisser la place aux jeunes.
Enfin, en défense, le trio formé par Bruno Alves (34 ans, 86 sélections, 10 buts), Ricardo Carvalho (38 ans, 89 sélections, 6 buts) et Pepe (33 ans, 74 sélections, 3 buts) tient la baraque depuis des années, mais c'est bien le dernier nommé qui épate, et qui, n'en déplaise à Ronaldo, est pour l'instant le meilleur joueur de la Seleçao dans cet Euro.

Pepe, le meilleur joueur du Portugal dans cet Euro

vendredi 24 juin 2016

L'hypocrisie du football

Face à l'émergence de "petites équipes" dans cet Euro, qui n'est pas uniquement la cause de l'élargissement du tournoi (passé de 16 à 24 nations), un débat divise le monde du football : faut-il voir d'un bon œil ce bouleversement de la hiérarchie, par des équipes souvent ultra-défensives et donc moins spectaculaires ? Il est temps de répondre à cette question, aussi inutile qu'hypocrite.

Prouver que le football n'est pas qu'une affaire d'individualités.

     Le meilleur exemple se trouve du côté de la Belgique. En effet, les Diables Rouges on beau posséder l'un des plus beaux effectifs du tournoi (la valeur marchande du seul Kevin de Bruyne est estimée à trois fois plus que celle des 23 Hongrois réunis), ils manquent cruellement d'équilibre et de solidarité. En terme de manière, leur premier tour est terriblement inquiétant (défaite contre l'Italie, victoire contre l'Irlande malgré une première période médiocre, victoire inespérée contre la Suède après un match très moyen), et leur insupportable vantardise peine à se justifier dans leurs performances.
     D'un autre côté, une "petite équipe" solidaire, courageuse et formée d'inconnus, comme tant d'autres : la Hongrie. Présentée comme l'une des trois équipes les plus faibles du tournoi, après avoir peiné à se qualifier malgré sa présence dans le groupe le plus faible des éliminatoires (Grèce, Irlande du Nord, Roumanie, Féroé, Finlande), elle ne possède que trois joueurs évoluant dans un championnat majeur (Kleinheisler, Szalai et Stieber, respectivement à Brême, Hambourg et Hanovre). Et pourtant, les Hongrois ont crânement joué leur chance, surprenant l'Autriche d'Alaba lors de la première journée (2-0), avant de faire jeu égal avec l'Islande (1-1), pour ensuite accrocher le Portugal après avoir mené trois fois au score (3-3). Pas mal pour une équipe "ultra-défensive" (meilleure attaque de la compétition !), qui a simplement su tirer le maximum d'un groupe de joueurs beaucoup moins sexy que celui de Marc Wilmots.
     En huitièmes de finale, ces deux équipes vont s'affronter. La Belgique part évidemment favorite, mais la Hongrie ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, bien que son tournoi soit déjà une réussite.

La Hongrie, passée par les barrages pour finir première de sa poule avec la meilleur attaque du tournoi. Renversant.
Prouver que le football n'est pas qu'une affaire de spectacle.

     Beaucoup (trop) de gens ont tendance à penser qu'un beau match de football dépend du nombre de buts marqués, ce qui est une vision incroyablement réductrice d'un sport où la tactique est une priorité, au contraire de l'attaque à tout-va. Il est bien sûr évident qu'un 2-2 satisfera beaucoup plus de monde qu'un 0-0, mais il est primordial de souligner qu'un plus grand nombre de buts marqués ne correspond pas toujours à un plus grand nombre d'occasions, et qu'une équipe jouant la défense le fait parce qu'elle aura plus d'occasions de marquer ainsi qu'en se découvrant.
    
     Ainsi, l'Islande, donnée perdante face à l'Autriche, a pris le meilleur sur Alaba et ses partenaires (2-1), grâce à une performance tactique de haute volée. Un 4-4-2 d'apparence défensive qui a choisi de subir d'entrée pour mieux ouvrir le score après 20 minutes de jeu. Malgré l'égalisation de Schöpf à l'heure de jeu, les Islandais n'ont jamais dévié de leur stratégie initiale, et, alors que leurs adversaires poussaient vainement pour prendre l'avantage (23 tirs au total), ils ont mis fin à leurs espoirs par une contre-attaque chirurgicale à la dernière seconde, conclue par Traustason. 
     Un chef-d'oeuvre tactique, et sans doute l'un des plus beaux matchs de ce premier tour, malgré le jeu défensif (9 tirs seulement) de l'équipe gagnante. Vous avez dit ennuyeux ?

Le football en Islande, c'est 100 professionnels, dont 23 en huitièmes de finales de l'Euro. Efficace.
Se réjouir de l'émergence de nouvelles sélections.

     La mise en avant de nouvelles équipes, voici l'un des points positifs de ce nouveau format de l'Euro. En effet, 5 sélections découvraient la compétition cette année, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles s'en sont montrées dignes. Pour commencer, aucune n'a dû passer par les barrages pour y accéder, toutes ayant terminées dans les deux premiers de leur groupe (l'Irlande du Nord devant la Roumanie, le Pays de Galles derrière la Belgique, la Slovaquie derrière l'Espagne, l'Islande derrière la République Tchèque, et l'Albanie derrière le Portugal).
     Parlons maintenant de leur parcours dans cet Euro. Un mot pour le décrire : époustouflant. L'Irlande du Nord, jamais ridicule, se qualifie en terminant troisième (derrière l'Allemagne et la Pologne) après sa brillante victoire sur l'Ukraine (2-0) ; le Pays de Galles, meilleure attaque du tournoi, prend la première place de son groupe devant l'Angleterre, alors que la Slovaquie passe en terminant troisième de ce même groupe, à la faveur de son succès contre la Russie (2-1) ; l'Islande prend la deuxième place de sa poule, derrière la Hongrie et devant le duo Portugal-Autriche ; l'Albanie, troisième de sa poule derrière la France et la Suisse, est éliminée à cause de sa différence de buts défavorable, malgré sa belle victoire contre la Roumanie (1-0).

Bale et Ramsey, les stars du Pays de Galles, le meilleur exemple de la réussite des novices de cet Euro
     Le bilan est donc sans-appel : aucune dernière place, un taux de qualification de 80 % pour les huitièmes de finale, et une volonté de fer. Ce n'est pas un hasard si ces équipes se sont qualifiées pour l'Euro aux dépens de nations telles que la Grèce, les Pays-Bas, le Danemark ou encore la Serbie.
     Alors, par pitié, arrêtons de critiquer le jeu défensif de ces petits nouveaux quand nous nous prosternons devant celui de l'Italie (contre la Belgique) et de la Croatie (contre l'Espagne), car ces équipes ont simplement compris que jouer en bloc était la meilleure manière de compenser leur manque d'individualités. Soyons plutôt heureux d'assister à de belles surprises, de voir un début de renouveau dans ce sport, et de nouvelles têtes pour la phase à élimination directe.

mardi 21 juin 2016

La Roumanie s'arrête là

Alors que les Tricolorii avaient l'occasion d'atteindre la phase à élimination directe d'un Euro pour la première fois depuis 2000, en cas de simple victoire contre l'Albanie, ils ont perdu pied, pour finalement se faire surprendre par une courageuse équipe (0-1). Les Roumains quittent donc la compétition la tête basse, malgré un mach d'ouverture très convaincant, mais dont l'issue douloureuse aura laissé des traces indélébiles.

     Face aux partenaires de Lorik Cana, remplaçant au coup d'envoi, les joueurs d'Anghel Iordanescu sont globalement passés à côté de leur match, à commencer par Tătărușanu, d'ordinaire si fiable, qui s'est totalement troué sur le but de Sadiku.
     Sur les côtés de la défense, Săpunaru et Mățel n'ont pas été à la hauteur, même si le deuxième est un défenseur central de formation, positionné à gauche suite à plusieurs blessures. Il est d'ailleurs impliqué sur le but, n'étant pas assez agressif sur Memushaj, auteur de la passe décisive depuis son aile.
     Dans l'axe, Chiricheș et Grigore ont été malmenés par le puissant Armando Sadiku, auteur du seul but de la rencontre, mais aussi par la vitesse du trio Memushaj-Lila-Lenjani. Ce dernier a d'ailleurs failli ouvrir le score au milieu de la première période, mais s'est loupé face au but vide.
     Devant la défense, le duo de pures sentinelles Prepeliță-Hoban a pris l'eau, et s'est montré incapable de jouer les rampes de lancement des offensives de leur équipe.
     Derrière l'attaquant de pointe, des performances contrastées : Popa n'a que rarement su faire des différences sur son côté droit, car bien pris par le duo Agolli-Mavraj ; Stanciu a cruellement manqué de régularité, ne brillant que par intermittences ; Stancu, deux fois buteur dans cet Euro, a été le plus en vue offensivement, mais, trop esseulé, n'a pu peser sur l'issue du match.

Stancu, l'unique buteur des Roumains dans cet Euro
     Devant, Denis Alibec se devait de confirmer son excellente saison en club, et de qualifier la Roumanie pour le tour suivant. Il a échoué, parfaitement muselé par la charnière adverse, et sevré de ballons de la part de ses partenaires.

     La Roumanie quitte donc cette compétition avec beaucoup de regrets, à commencer par celui d'avoir craqué dans les moments cruciaux des trois rencontres. Les buts de Payet pour la victoire de la France, de Mehmedi pour un nul face à la Suisse, et de Sadiku pour une victoire de l'Albanie auraient pu être évités. Malheureusement, les partenaires de Stancu ont été pénalisés par cette fébrilité, ainsi que par leur pauvreté offensive. Deux buts inscrits, les deux sur penalty, c'est un bilan très maigre pour une équipe qui vaut mieux que ça.

vendredi 17 juin 2016

La Roumanie s'en contente

Après un match d'ouverture perdu sur le fil, les Tricolorii se devaient de redresser la tête face à la Suisse, afin de continuer à croire à la qualification pour les huitièmes de finale. Au terme de 90 minutes assez fermées, les Roumains ont obtenu un point précieux, mais devront à tout prix s'imposer face à l'Albanie pour prendre l'une des deux premières places. Retour sur la performance des joueurs d'Anghel Iordanescu.

     Dans les buts, Tătărușanu a une nouvelle fois tenu la baraque, ne s'inclinant que sur une demi-volée surpuissante de Mehmedi. Impeccable dans les airs, excellent dans ses relances, il reste un rempart indispensable à cette sélection.
     Les deux latéraux, Săpunaru et Raț, ont parfaitement résisté, respectivement aux duos Mehmedi-Rodríguez et Shaqiri-Lichtsteiner, et su faire profiter leur équipe de leur apport offensif. Malheureusement, leurs centres n'ont que rarement trouvé preneur.
     En défense centrale, Chiricheș et Grigore ont su contenir un Seferović très maladroit, mais ont été bousculés par l'entrée du jeune Embolo, aussi rapide que puissant, mais ont malgré tout su préserver le nul.
     Devant la défense, Prepeliță et Pintilii ont été globalement solides en première période, même si le trio Behrami-Džemaili-Xhaka leur a donné du fil à retordre. Le second est sorti à la mi-temps, remplacé par Hoban, qui, comme face à la France, a souffert dans l'entrejeu.
     Derrière leur attaquant de pointe, Torje, Stancu et Chipciu ont été excellents. Le premier a fait parler sa vitesse à plusieurs reprises, sans jamais ménager ses efforts défensifs. Le deuxième a de nouveau marqué sur penalty, et s'est encore montré précieux par sa polyvalence, jouant aussi bien ailier qu'attaquant de pointe. Enfin, le troisième a sans doute été le meilleur joueur de son équipe, tant ses accélérations ont causé de problèmes à l'expérimenté Lichtsteiner.

Chipciu prenant le meilleur sur Lichtsteiner, une image assez fréquente mercredi
     Enfin, en pointe, Keșerü n'a pas su peser sur la rencontre, étouffé par un duo de costauds, composé de Djourou et de Schär. Remplacé par Andone, toujours aussi infernal à marquer, mais sans solutions durant ses 10 minutes passées sur la pelouse.

Pour conclure, il est clair que la Roumanie a laissé quelques titulaires sur le banc, aussi bien pour récupérer d'un éprouvant match d'ouverture qu'en vue d'une rencontre décisive face à l'Albanie, petit poucet de ce groupe. Toutefois, même si la Suisse conserve sa deuxième place, la Roumanie peut logiquement espérer se qualifier en terminant troisième, mais cela dépendra surtout du nombre de points engrangés par rapport aux autres troisièmes.
    

samedi 11 juin 2016

La Roumanie n'a pas à rougir

Opposée à la France en match d'ouverture de l'Euro 2016, les Tricolorii ont livré un formidable combat, et sont même passés à quelques minutes de décrocher le nul. Au final, une défaite 2-1 qui, bien que prévisible, n'arrange pas les Roumains. Heureusement, ils peuvent se satisfaire d'avoir développé un jeu pénible pour l'adversaire, basé sur l'agressivité et la solidarité, sans jamais tomber dans la caricature. De bon augure pour la suite de la compétition.

     Présentée, à juste titre, comme une équipe essentiellement défensive n'apportant le danger que sur contre-attaque, la Roumanie a tordu le cou aux clichés en misant sur un certain nombre d'attaques placées, en grande partie grâce à l'incroyable jeu long de leurs défenseurs. Săpunaru, Chiricheș, Grigore et Raț ont multiplié les caviars à destination d'Andone. 
     Ces mêmes joueurs ont également été quasiment irréprochables devant et dans leur surface, écartant beaucoup de ballons dangereux, et n'hésitant jamais à se sacrifier pour contrer une frappe adverse. Ils ne sont absolument pas fautifs sur les buts encaissés, le premier, litigieux, étant dû à une sortie ratée de Tătărușanu (bousculé au passage par Giroud), alors que le second est pour Hoban et Pintilii, attentistes devant Payet.

Blaise Matuidi, le 10 juin 2016 face à la Roumanie.
Une photo révélatrice de la solidité défensive des Roumains et de la fébrilité des milieux français
     Les deux milieux, justement, ont été pris par l'enjeu, et ont souvent attendu l'intervention de leurs partenaires pour faire la différence dans l'entrejeu. Heureusement pour eux, Pogba, Matuidi et Kanté n'étaient pas dans un grand soir.
     Celui qui se sera démarqué, c'est le 10 de cette belle équipe, le talentueux Stanciu. Très facile techniquement, il a mis en difficulté les milieux français à chaque prise de balle, et parfaitement orienté le jeu. Il a aussi apporté le danger sur corner, et obtenu le penalty peu après l'heure de jeu.

Nicolae Stanciu, grand espoir de la Roumanie
Nicolae Stanciu, le futur de la Roumanie
     Sur les côtés, deux profils différents. Popa, droitier aligné à droite, était chargé de multiplier les débordements le long de la ligne pour ensuite centrer pour Andone. Stancu, droitier aligné à gauche, avait comme objectif de revenir dans l'axe sur son bon pied pour frapper. Grâce aux montées de leurs latéraux, ils ont su mettre Évra et Sagna en difficulté, mais Rami et Koscielny étaient présents.

     Enfin, en pointe, le jeune Andone a posé beaucoup de problèmes à la charnière des Bleus. En apparence, il devait ne pas exister dans les duels, car plus petit (1m80 contre 1m85 pour Koscielny et 1m90 pour Adil Rami) et moins costaud (75 kg contre 80 kg pour Koscielny et 90 kg pour Adil Rami). Mais sur le terrain, c'était une toute autre histoire. Agressif, dynamique, il a bousculé ces colosses, et les a envoyé valser plus d'une fois. Il aurait même dû obtenir un penalty en première période, fauché par Koscielny alors qu'il était à la retombée d'une transversale.

Pour conclure, il convient de souligner la performance majeure de cette équipe, que tout le monde voyait se faire piétiner par le pays organisateur et favori de la compétition. Malheureusement, l'absence d'un joueur tel que Payet, capable de faire la différence dans ces moments cruciaux, se fait encore sentir, même si Stanciu est appelé à devenir ce facteur X.
Il y a tout de même un motif de satisfaction évident : en jouant comme cela, impossible que la Roumanie ne passe pas le premier tour, aux dépens d'une Suisse désunie et d'une Albanie trop inexpérimentée.

mercredi 30 mars 2016

Les Bleus sont sur la bonne voie

Suite à deux victoires comptant pour du beurre, obtenues face à un géant en grande difficulté (les Pays - Bas) et une équipe solide mais sans plus (la Russie), Deschamps en sait plus sur l'effectif qu'il aura à l'Euro. Mais, entre une attaque fantastique et une défense très moyenne, entre un milieu dominateur et des gardiens pas assez décisifs, il reste encore quelques problèmes à régler. Voici le bilan, poste par poste, de ces rencontres.

Gardien de But.

Hugo Lloris, titulaire indiscutable et capitaine de ces Bleus, ne devrait pas être inquiété. Mais les dernières performances de Steve Mandanda montrent que tout est encore possible, et il a l'avantage d'être un joueur de caractère, un véritable leader, ce qui ne sera probablement jamais le cas de Lloris, timide hors du terrain, et pas assez expressif sur la pelouse.                                                                    Ils ont joué un match chacun, encaissé deux buts chacun, mais la titularisation de Mandanda était plus une récompense qu'un message de la part de Deschamps, qui n'enlèvera pas Lloris des buts. Logique ? Pas tant que ça.

Défenseurs Centraux.

Incontournable depuis ses débuts en Bleu, Raphaël Varane donne pourtant l'impression de ne plus progresser, et d'avoir déjà atteint ses limites. Remplaçant au Real Madrid, il a été le seul défenseur central à jouer les deux matches amicaux, et a donc encaissé quatre buts. Coupable sur le deuxième but de la Russie, il a également perdu des ballons inutiles et dangereux, comme sur cette tentative de râteau à 30 mètres de son but, seul face à deux adversaires ! Le sortir du 11 de départ serait un message fort et audacieux. 
Laurent Koscielny et Mamadou Sakho, qui se disputent la place à ses côtés, mériteraient d'être alignés ensemble. Le premier s'impose comme le meilleur défenseur central de Premier League selon de nombreux spécialistes, alors que le deuxième est aujourd'hui un titulaire indiscutable à Liverpool. Aymeric Laporte, ignoré par Deschamps, Kurt Zouma, blessé, et Jérémy Mathieu, touché au genou contre la Russie, seront très probablement absents cet été. C'est donc Eliaquim Mangala et Samuel Umtiti qui se disputeront probablement la dernière place.

Latéraux.

Sur le côté droit, la disparition progressive de Debuchy et le manque de régularité de Jallet ont permis à Sagna, indiscutable à Manchester City, de s'imposer comme l'intouchable titulaire à ce poste. Souvent moqué pour sa prétendue "mauvaise qualité de centre", il a répondu aux critiques en poussant Zabaleta, finaliste de la dernière Coupe du Monde, sur le banc de Manchester City.      
Quatrième dans la hiérarchie de Deschamps, Sébastien Corchia, encore jamais appelé, ne le sera pas pour l'Euro, bien que ses prestations soient de plus en plus solides. Un départ dans un grand club cet été lui ouvrira peut - être les portes de la sélection, mais pas avant la rentrée.
Sur le côté gauche, Patrice Évra fait la loi, alors que Lucas Digne est encore trop tendre (coupable d'une erreur de marquage sur le premier but de la Russie). Jérémy Mathieu vient de se blesser, mais partait de toute façon avec plusieurs longueurs de retard, tandis que Layvin Kurzawa n'est que remplaçant au PSG. 
Gaël Clichy, qui revient bien avec Manchester City, et Benoît Trémoulinas, incontournable à Séville, n'entrent plus dans les plans de Deschamps.

Milieu Défensif.

Une seule place à prendre, et un homme qui ne la laissera à personne : Lassana Diarra. Monstrueux avec l'OM, il écrase la concurrence avec les Bleus, profitant du faible temps de jeu en club du solide Morgan Schneiderlin, sous - utilisé par Louis van Gaal, et de l'incapacité de Cabaye et de Kanté à remplir tous les critères du poste, eux qui sont des purs relayeurs, et non des numéros 6.
Cette saison, un joueur s'est également montré sous son meilleur jour, mais Deschamps ne lui a jamais donné sa chance : Francis Coquelin. Impérial à Arsenal, il y est titulaire, et enchaîne les belles performances. Insuffisant pour entrer dans les plans du sélectionneur.

Milieux Relayeurs.

Parfaitement complémentaires, titulaires indiscutables et essentiels de deux des plus grands clubs d'Europe, Paul Pogba et Blaise Matuidi n'ont rien à craindre quant à leur place de titulaire. Derrière eux, N'Golo Kanté a quasiment assuré sa place en sortant un gros match contre la Russie, alors que Moussa Sissoko et Yohan Cabaye se disputent la dernière place.                                                            Difficile de dire qui part favori, mais ils ne sont plus sous la menace de Clément Grenier, qui a disparu des radars, de Geoffrey Kondogbia, qui tarde à confirmer, et d'Adrien Rabiot, ignoré par le sélectionneur.


Ailiers.

Un problème de riche. Il n'y a pas d'autre terme pour désigner le casse - tête auquel Deschamps devra faire face pour composer son 11 de départ. En revanche, il est clair que ceux qui iront à l'Euro sont connus, et présentent tous un profil différent, et une polyvalence précieuse. Antoine Griezmann, nouveau leader offensif des Bleus, peut jouer des deux côtés, et même en pointe ; Dimitri Payet, qui a fait un retour fracassant, évolue principalement à gauche si le système ne comporte pas de numéro 10 ; Anthony Martial, titulaire indiscutable à Manchester United, est dans le même cas de figure que Griezmann ; et Kingsley Coman, révélation de la saison en Bundesliga, est un véritable ailier de débordement, pouvant jouer des deux côtés.
Les seuls qui ont encore une minuscule chance d'inquiéter les trois derniers (Griezmann étant absolument intouchable) sont Mathieu Valbuena, qui, malgré sa saison catastrophique, a du vécu en sélection, Clément Grenier, qui peut également jouer sur les côtés, mais qui reste beaucoup trop irrégulier, et Franck Ribéry, qui est revenu de blessure, et qui a laissé entendre qu'il ne serait pas contre un retour en Bleu (une déclaration que Deschamps n'a pas semblé prendre au sérieux).


Attaquant de Pointe.

Alors qu'il ne s'était jamais imposé comme le leader offensif que les Bleus attendaient depuis plusieurs années, Karim Benzema a trouvé le moyen d'écorner un peu plus son image, de se rendre non - sélectionnable, et de donner une bonne raison à Deschamps d'installer Olivier Giroud comme le titulaire du poste. Le joueur d'Arsenal réalise une saison honnête à Londres, et a encore marqué contre les Pays - Bas. Sa doublure sera très probablement Gignac, bouillant depuis son départ au Mexique, et étincelant depuis son retour en sélection (buteur face à l'Allemagne en novembre, puis face à la Russie).
Alexandre Lacazette, qui a connu 6 mois très compliqués, a pris un retard qu'il sera difficile de rattraper, alors que Kévin Gameiro, très performant avec Séville, n'est pas encore au niveau de Gignac selon Deschamps.


vendredi 18 décembre 2015

Que vaut vraiment la Roumanie ?

Samedi dernier, le tirage au sort des poules de l'Euro, effectué à Paris, a livré son verdict. La France devra se défaire de la Suisse, de l'Albanie, et de la Roumanie, pour espérer décrocher le titre à domicile. Un groupe assez clément, au contraire des dernières éditions. En effet, en 2012, les Tricolores avaient hérité de la Suède de Zlatan Ibrahimovic, de l'Angleterre de Wayne Rooney, et de l'Ukraine, qui était alors l'un des deux pays organisateurs. Et, quatre ans plus tôt, en 2008, les Pays-Bas, l'Italie, et, de nouveau, la Roumanie, étaient au programme pour nos joueurs. Mais, au fait, que vaut aujourd'hui cette dernière équipe, qui avait, à l'époque, terminé devant l'équipe de France dans ce groupe de la mort ?

Si la Roumanie est à l'Euro, c'est pour beaucoup, grâce à sa présence dans le groupe de qualifications le plus faible de cette édition. Car elle était accompagnée des équipes suivantes :
- la Grèce, lamentable tête de série, suite à son parcours en Coupe du Monde l'an passé,
- la Finlande, toujours aussi discrète,
- l'Irlande du Nord, une formation sans véritables individualités capables de se distinguer,
- la Hongrie, bien loin des années Puskas,
- les Iles Féroé, un ensemble valeureux d'amateurs généralement impuissant.

Il est clair que cela facilite la tâche, d'autant qu'avec ce nouveau format à 24 équipes, les trois premières places pouvaient être qualificatives. Pourtant, l'on reproche à cette formation d'avoir "garé le bus", oubliant ostensiblement de faire le jeu, et se contentant de rares contres meurtriers. Certes, la Roumanie s'est contentée de marquer 11 fois en 10 rencontres. Et alors ? Le Pays de Galles aussi, et cela n'empêche pas les observateurs de s'extasier devant les prouesses des coéquipiers de Gareth Bale. Bien sûr, terminer derrière la Belgique est plus glorifiant que de talonner l'Irlande du Nord. Mais si cette recette fonctionne, tant mieux pour les Roumains !
Car le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont su pousser cette stratégie jusqu'à ses limites, ne perdant pas une seule fois, et présentant la meilleure défense des éliminatoires, avec 2 petites unités encaissées ! Félicitations à Balazs Dzsudzsak, animateur de la sélection hongroise, et à Joel Pohjanpalo, buteur de l'équipe de Finlande, qui auront été les seuls à percer la muraille des Carpates.

Le fait est que cette sélection est en mesure de gâcher la fête, le 10 juin prochain, au Stade de France. Il faudrait, cela va de soi, un véritable récital défensif de la part des joueurs d'Anghel Iordanescu, qui a déjà mené cette équipe en quarts du Mondial, en 1994, au détriment de l'Argentine, balayée en huitièmes. Mais avoir une défense imperméable, c'est une évidence pour ces Tricolores d'Europe de l'Est, qui ne peuvent pour le moment compter sur une nouvelle génération trop fébrile.

Il est d'ailleurs temps de présenter les cinq éléments sur lesquels l'ancienne gloire du Steaua Bucarest s'est appuyé :
- gardien : Ciprian Tatarusanu, qui vit actuellement sa deuxième saison à la Fiorentina, après cinq ans fructueux au Steaua Bucarest (deux Championnats, une Coupe, et une Supercoupe de Roumanie),
- défenseur central : Vlad Chiriches, joueur de Naples depuis cet été, après une expérience à Tottenham, qui est lui aussi passé par le Steaua Bucarest le temps d'une saison (un Championnat et une Supercoupe de Roumanie),
- latéral gauche : Razvan Rat, capitaine de cette formation, évoluant au Rayo Vallecano, après avoir été un pilier du Shakhtar Donetsk (300 matches en 10 ans, récompensés par 7 Championnats, 4 Coupes et 3 Supercoupes d'Ukraine), et joué un an à West Ham,
- meneur de jeu : Constantin Budescu, nouvel animateur offensif de la sélection, qui compte, à 26 ans, plus de 300 matches en pro, pour environ 115 buts, avec le Petrolul Ploiesti, puis l'Astra Giurgiu,
- attaquant de pointe : Claudiu Keserü, revenu au Steaua Bucarest après 11 ans, 250 matches, et 75 buts en France (Nantes, Libourne-Saint-Seurin, Tours, Angers, Bastia), puis parti au Qatar, avant de s'installer au Ludogorets Razgrad, quadruple champion en titre de Bulgarie.

Haut, de gauche à droite : Chiriches, Hoban, Papp, Keserü, Stancu, Pantilimon
Bas, de gauche à droite : Nistor, Sanmartean, Rat, Torje, Grigore

Portée par tout un peuple, s'appuyant sur une grande majorité d'éléments passés par le Steaua Bucarest, et basée sur un collectif indivisible, composé de véritables guerriers, cette équipe a donc les moyens nécessaires pour créer la surprise à l'occasion du match d'ouverture, ou, dans une moindre mesure, pour franchir le premier tour de cet Euro, qui s'annonce terriblement excitant.